L’actualité du projet de loi sur l’immigration nous invite à examiner une formule qui a été mise en avant par le ministre de l’intérieur français : l’immigration choisie. C’est vraiment une formule : certainement pas un programme, pas vraiment un
, mais une phrase qui veut indiquer une direction, une intention, une ligne de
. Et une phrase très politique, probablement
réfléchie, qui veut faire passer, de façon sous-jacente, plusieurs idées.
D’abord ne pas militer en faveur de ce qu’on a appelé une immigration zéro : pas d’immigration du tout. Peut-être pour se
du discours de l’extrême droite française, peut-être aussi pour ne pas avoir l’air de porter un discours irréaliste,
, impossible à tenir.
Ensuite, faire savoir qu’on se place en face d’un phénomène qu’on a l’air de maîtriser : il s’agit d’une
dont on décide, qu’on présente comme souhaitable, mais surtout comme souhaitée, donc organisée, et librement mise en place : cette immigration serait donc un choix
. Le gouvernement dans son projet ne se présente pas comme tolérant, il ne s’agit pas d’accepter
quelque chose qu’on jugule ou qu’on contrôle. Mais bien plutôt, c’est comme si on appelait de ses vœux quelque chose qu’on définit au départ. Mettre en place une immigration choisie, c’est choisir une certaine politique.
Et l’habileté de la formule tient précisément à
de l’adjectif choisi. On choisit son immigration. Comment ? En choisissant ses immigrés. Le verbe choisir se balance entre ses deux compléments.
Et il évoque en même temps l’idée qu’on va en trier, c’est-à-dire accepter ce qui est bon et refuser ce qui est mauvais. Bon pour qui ? Mauvais pour qui ? Pour le pays
bien sûr ! Il n’est pas tellement question de savoir ce qui est bon pour les immigrés. Mais la formulation porte l’idée qu’on va prendre le bon grain et laisser l’ivraie : une immigration choisie évoque une immigration filtrante, et en tout cas un système où le gouvernement français peut librement désigner les étrangers qu’il souhaite
en immigrés. Il y a donc un effet de sens évident : on aura ceux qu’on veut, et pas ceux qu’on ne veut pas.
C’est pour cela que le mot « choisi » paraît fort bien choisi ! Et d’ailleurs il correspond à l’idée d’une certaine distinction, notamment lorsqu’il s’agit d’un groupe de gens : on parle d’une
choisie, d’un parterre d’invités choisis, et déjà on a vaguement cette idée d’élite : il y a eu un tri sur le volet. Et si l’on appartient à une société choisie, c’est qu’on est, comme on dit, entre soi : personne ne fait tache, on a pris soin de ne pas faire entrer la populace.
Source: RFI et Centre national de Documentation Pédagogique.